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Du 3 mars au 15 mai 2004, du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.
Vernissage le mardi 2 mars 2004, de 18h à 21h, en présence de Dominique Païni et de certains artistes.
Transparences
Un choix de Dominique Païni

Sans le recours à la métaphore ni au savoir faire pictural, la photographie représente la transparence : ses brillances et ses velours, ses aplats et ses brouillards, ses contrastes infimes et ses transitions imperceptibles.
 
La transparence s’identifie à la photographie, le dispositif de cette dernière ne cessant d’emprunter aux vertus de la première.
 
Si le photographique obsède tant le regard, c’est entre autres raisons parce qu’il paraît transparent, transparence entre le réel et sa représentation, empreinte ou frappe lumineuse qui invite à oublier la machinerie optique.
C’est l’invisibilité du parcours accompli par le réel jusqu’à sa plane restitution photographique qui incite peut être le photographe à disposer entre eux et le monde des surfaces translucides. Il s’agirait ainsi pour eux de matérialiser la frontière ou le processus entre les choses et leur représentation, d’installer des écrans pour distinguer – et passer de l’un à l’autre – le réel et l’art.
 
Sans doute, l’ontologie réaliste de la photographie appelle-t-elle ce goût des photographes pour opacifier leur visée et rendre moins mécaniquement fidèle l’empreinte photographique. Mais le redoublement feuilleté de la surface photosensible par une nappe translucide entre le monde et l’objectif – vitres diversement embuées, maculées, striées, griffées, tramées – a également pour vertu de continuer de faire survivre la conception albertienne : “ sur la surface à peindre j’inscris d’abord un quadrilatère à angle droit de la dimension que je veux , qui est en fait, pour moi, comme une fenêtre ouverte à partir de laquelle on regarde l’histoire. ” (De pictura). C’est ainsi que la photographie aurait pris le relais de la peinture.
 
Dix artistes plus un sont rassemblés sous ce thème : transparences. Les fenêtres de Denis Roche, Bernard Plossu et Serge Clément directs héritiers albertiens, les radiographiques d’Henri Foucault, les résidus industriels en décomposition lumineuse de Aram Dervent, la soumissions géométriques de l’informe de Pierre Sabatier, les surimpressions textuelles de François Mechain, le glacier poudreux Michel Szulc-Krzyzanowski, les abysses de Alain Fleischer.
 
Plus un ? Marcel Duchamp et son piston de courants d’air (1914) parrainera cette réunion délibérément éclectique de photographes contemporains. Transparent Duchamp dont le grand verre éclaira le XXème siècle.
Dominique Païni, décembre 2003